Conversations
Conversation entre Arizona Muse,
Ambassadrice de la collection Via
et Dorothée Contour,
Fondatrice de la Maison JEM
Militante active, mannequin engagée et muse iconique, Arizona Muse incarne aujourd'hui un engagement élancé pour une mode repensée : plus consciente, respectueuse et durable. Figure influente du changement, elle porte depuis des années un plaidoyer exigeant pour transformer en profondeur l'industrie de la mode et du luxe, et mène des actions très concrètes à travers son association DIRT, dédiée à la régénération des sols et à l'exploration de matériaux vertueux.
Proche de la Maison depuis longtemps, Arizona partage avec JEM une vision et des combats : fédérer autour d'un luxe plus transparent, plus responsable dans ses actes comme dans son rôle d'influence, et plus visionnaire.
Cette année, elle est à la fois le visage et l'ambassadrice de Via, la nouvelle collection JEM inspirée par les escaliers de nos rêves, ces marches qui mènent vers nos plus belles ambitions. Son regard sur le monde, ses élans et son ambition portent et prolongent avec nous les engagements qui fondent JEM depuis ses débuts.
Dorothée Contour : Chère Arizona, je suis très honorée et fière d'avoir pu collaborer avec toi, et très heureuse que tu sois le visage de cette nouvelle collection qui raconte nos ambitions, notre esthétique. Je trouve que Via te ressemble à beaucoup d'égards. Toi et moi on se connait depuis longtemps, je suis ton travail depuis de longues années, ton engagement écologique, ce que tu publies, tes actions concrètes et l'élan que tu donnes à tes idéaux pour les rendre puissants. C'est une grande joie de pouvoir présenter Via aujourd'hui à tes côtés.
Arizona Muse : Merci ! Oui, moi aussi je suis très fière, parce qu'en effet, on se connait depuis long-temps, que nos valeurs se fédèrent et je sais combien le chemin pour construire un engagement durable dans le monde du luxe peut être semé d'embuches!
Je t'ai vu évoluer et te battre, t'engager dès les débuts de JEM, et cette collection est à l'image de ta marque : elle symbolise cette quéte que j'ai reconnue depuis notre toute première rencontre.
Pourquoi est-ce que c'est si important, selon toi, de continuer à affirmer un autre luxe, de porter un autre regard sur ce monde en particulier?
Arizona Muse : Parce qu'au départ, le lien entre le monde du luxe, l'écologie, la responsabilité, la transparence, était loin d'être évident... Parce que nous portons tous des vêtements, et souvent des bijoux, et que ce que nous portons raconte ce que l'on est. On ne peut plus consommer sans un minimum de prise de conscience, et les acteurs de l'industrie doivent montrer l'exemple. Alors que j'étais mannequin, immergée dans le monde de la mode sans connaître les détails de sa production, j'ai réalisé je ne savais même pas d'où venaient les vêtements que je portais. Je me suis intéressée de plus près à la fabrication des textiles, à l'industrie, et j'ai découvert que la mode commençait dans le sol, avec des agriculteurs qui cultivent le coton, la soie, et élèvent des animaux pour la laine et le cuir. Ces matières premières peuvent soit nourrir les sols, soit les appauvrir, selon la façon dont elles sont produites.
« Je crois qu'il ne faut plus rougir de parler concrètement de toutes ces coulisses de fabrication. Le luxe est dans les détails; et il ne faut plus oublier de mentionner les plus essentiels. »
- Arizona Muse
C'est comme ça que tu as créé ton association, DIRT ?
Arizona Muse : Oui, à une période de ma vie où je me sentais un peu « flotter » dans le monde de la mode, assez perdue, j'ai pris conscience des problèmes environnementaux liés à l'industrie, et j'ai eu envie de changer les choses. Je me suis documentée sur la gestion des terres par les peuples autochtones, la séquestration du carbone, et je me suis engagée dans l'activisme social. Je voulais agir sur un sujet dont je puisse mesurer l'impact... La mode repose sur des matières premières issues du sol, mais les pratiques agricoles et industrielles actuelles le dégradent fortement. C'est cette prise de conscience qui m'a poussée à créer l'association DIRT en 2021, pour inverser cette logique en utilisant le pouvoir financier de la mode pour restaurer les sols. Notre mission est littéralement de faire de la mode une solution climatique. L'objectif est de produire des vêtements qui ne nuisent pas à la planète et retournent à la terre, où ils seront digérés par les micro-organismes, créant une nouvelle génération de sol ; tout en éliminant le greenwashing et les pratiques toxiques. D'utiliser la filière de la mode pour concrètement développer de nouvelles façons de produire.
Dorothée Contour : Même aujourd'hui, il n'est pas encore totalement évident ni naturel, de faire le lien entre le glamour suscité par le luxe, et des faits aussi concrets que les sols, ou l'extraction de l'or dans les mines... Dans le monde de la joaillerie, nous sommes encore relativement minoritaires. Nous avons longtemps eu le sentiment d'être en marge, presqu'isolés, mais être pionniers requiert de faire un pas de côté, de détendre des idées hors-normes et les répéter sur tous les fronts. Nous nous sommes battus pour nos convictions et avons construit années après années, une marque qui ouvrait la voie à ce changement. Et aujourd'hui, nous lançons une collection qui parle précisément de cette ambition, d'un rêve qui peut devenir réalité !
Avec JEM, nous avons fait le pari, il y a plus de quinze ans de vouloir démontrer que des sujets aussi sérieux et importants que la responsabilité, la solidarité, l'engagement pour une transformation éthique des filières pouvaient être compatibles avec la beauté, le rêve et l'émotion ; à une époque où l'intérêt pour ces sujets était encore très mitigé, les prises de conscience écologiques peu éveillées.
Dorothée : Avec JEM, nous avons fait le pari, il y a plus de quinze ans de vouloir démontrer que des sujets aussi sérieux et importants que la responsabilité, la solidarité, l'engagement pour une transformation éthique des filières pouvaient être compatibles avec la beauté, le rêve et l'émotion ; à une époque où l'intérêt pour ces sujets était encore très mitigé, les prises de conscience écologiques peu éveillées. Nous avons longtemps eu le sentiment d'être en marge, presqu'isolés, mais être pionniers requiert de faire un pas de côté, de détendre des idées hors-normes et les répéter sur tous les fronts. Nous nous sommes battus pour nos convictions et avons construit années après années, une marque qui ouvrait la voie à ce changement. Et aujourd'hui, nous lançons une collection qui parle précisément de cette ambition, d'un rêve qui peut devenir réalité !
Nous avons longtemps eu le sentiment d'être en marge, presqu'isolés, mais être pionniers requiert de faire un pas de côté, de détendre des idées hors-normes et les répéter sur tous les fronts. Nous nous sommes battus pour nos convictions et avons construit années après années, une marque qui ouvrait la voie à ce changement. Et aujourd'hui, nous lançons une collection qui parle précisément de cette ambition, d'un rêve qui peut devenir réalité !
Arizona : C'est pour cette raison que j'ai eu envie de collaborer avec JEM, sur cette nouvelle collection, parce que ça avait tellement de sens, pour moi. Faire le choix de ce qu'on porte au quotidien, c'est exprimer qui on est profondément tout en étant conscient du monde qui nous entoure. Je choisis des vêtements et des bijoux que j'aime, fabriqués à partir de matériaux qui contribuent à la régénération de notre planète, qu'il s'agisse d'agriculture biologique, de teintures non toxiques ou de matériau durable, éthique, comme c'est le cas avec JEM. La mode comme la joaillerie peuvent être une partie tellement créative et joyeuse de la vie, mais je pense qu'il est important de l'aborder avec soin et conscience, et intention.
Dorothée : Un bijou précieux est l'un des plus beaux vecteurs de valeurs humaines, d'avenir et de sens, puisqu'il traverse les vies et se transmet.
Il porte presque toujours une histoire intime, émotionnelle, le symbole d'un moment important. Avec JEM, nous cherchons à révéler une autre forme de précieux : plus conscient, plus transparent, et plus engagé. Il y a quinze ans, nous avons rencontré les premières communautés minières en Colombie qui travaillaient à repenser entièrement leur organisation, leurs outils, leurs processus, leur accès au marché, afin de répondre aux standards les plus stricts en matière d'or artisanal éco-responsable — ce qui mènera à la création du label Fairmined en 2014. Et puis, toute notre joaillerie est façonnée en France, c'est essentiel pour nous. Nous entretenons des relations humaines très fortes avec nos artisans joailliers, qui partagent leur savoir-faire exceptionnel.
Arizona : Je crois qu'il ne faut plus rougir de parler concrètement de toutes ces coulisses de fabri-cation. Le luxe est dans les détails, et il ne faut plus oublier de mentionner les plus essentiels. Chaque action, chaque geste compte. La plupart de nos vêtements sont fabriqués à partir de fibres cultivées dans les exploitations agricoles, lesquelles couvrent environ 39 % des terres habitables de la planète. L'agriculture intensive de matières premières - coton, lin, laine, cuir - cause des dommages considérables aux sols, que ce soit par le biais de monocultures, où une seule espèce est cultivée et la biodiversité disparaît, ou par l'épandage de produits chimiques nocifs.
À cela s'ajoute le processus de production, avec sa pollution et le recours aux ateliers clandestins. La solution est de s'attaquer à la crise climatique à la base, et de persuader l'industrie de la mode d'adopter une agriculture régénératrice pour contribuer à la restauration des écosystèmes et à l'augmentation du stockage du carbone. Quand nos sols sont sains, tout est sain. Cela concerne de nombreuses matières premières, du bois utilisé dans la construction et la décoration intérieure aux plantes utilisées dans les produits de beauté. Tout commence par le sol.
Dorothée : Oui, et c'est du même mouvement et des mêmes « règles » dont il s'agit pour la joaillerie. A une époque où l'intérêt pour le développement durable était encore très mitigé, nous avons voulu démontrer que certains sujets pouvaient, devaient, être intégrés au monde du luxe, sans pour autant verser dans la moralisation ou la culpabilisation. L'idée n'était pas d'être précurseur, mais d'ouvrir une voie, de s'inscrire dans un sillon de prise de conscience, faire en sorte que nos convictions deviennent peu à peu des normes.
Arizona : Et vos actions sont extrêmement concrètes...
« Je pense qu’on peut vraiment réconcilier le luxe, l’écologie, l’humain, et surtout, rendre la création encore plus inspirante avec ce qui ressemblent à priori à des contraintes, mais n’en sont pas dans le fond, parce qu’elles ouvrent des possibilités très joyeuses, très optimistes. »
Oui, l'Or éthique Fairmined est au cœur de notre histoire et de sa mission, parce qu'il joue un rôle fondamental et essentiel pour urgemment transformer le secteur minier artisanal et l'amener à abolir les dommages humains et environnementaux substantiels qu'il génère aujourd'hui.
Dorothée : À ses côtés, le diamant dit « de synthèse » — qui n'a en réalité rien de synthétique mais est un véritable diamant cultivé en laboratoire, un lab-grown diamond dans sa terminologie anglaise — est pensé comme une alternative fascinante au diamant extrait de la mine. Enfin les perles et nacres des Fidji symbolisent dans nos bijoux un nouvel engagement pour la protection des océans.
Arizona : C'est précisément ce qui m'a séduit et convaincu dès notre première rencontre. Parce que tout commence par la terre, et même si les choses sont en train de changer, la terre n'a rien de glamour.
Soutenir les agriculteurs, ce n'est pas glamour. Mais il y a des voies possibles. C'est une des raisons pour lesquelles j'ai voulu créer DIRT, qui œuvre auprès de l'industrie de la mode. Notre mission est littéralement de faire de la mode une solution climatique.
Les premières années, nous avons financé des projets de régénération des écosystèmes par l'agriculture biodynamique : le reboisement des collines aux Philippines, par exemple, ou l'organisation d'ateliers de biodynamie pour les producteurs de coton égyptiens. Aujourd'hui, nous menons un projet d'envergure avec Demeter, la référence mondiale en agriculture biodynamique. Ensemble, nous avons défini de nouveaux standards textiles - parmi les plus exigeants jamais établis - qui assurent la non-dégradation des sols, l'absence d'exploitation humaine et, avant tout, le développement de systèmes véritablement régénératifs.
Dorothée : Je pense qu'on peut vraiment réconcilier le luxe, l'écologie, l'humain, et surtout, rendre la création encore plus riche, encore plus inspirante avec ce qui ressemblent à priori à des contraintes mais n'en sont pas dans le fond, parce qu'elles ouvrent des possibilités très joyeuses, très optimistes. Or, le luxe, la mode, ont un rôle d'influence à jouer sur nos façons de penser. Ce sont des mondes qui véhiculent des images, des exemples à suivre, créent des rôles models qui ont vocation à être suivis. !! faut être conscient de cette grande responsabilité, et en un sens, de ce pouvoir. Cette nouvelle collection associe un design, une esthétique précieuse et puissante, à des actes engagés concrets, un or éthique, des diamants de laboratoire, sur des bijoux qui incarnent selon moi encore plus de force et de symbole.
Arizona : Je crois que c'est la partie la plus enthousiasmante de cette autre voie : il est possible de créer et surtout d'innover grâce à des matériaux naturels, respectueux, durables, qui apportent à l'industrie du luxe une nouvelle forme de créativité très inspirante. Par exemple, les champignons sont un incroyable matériau, et cultiver des algues pour en faire des textiles peut même régénérer les côtes. Si les marques orientent leur budget d'approvisionnement vers ces matières régénératrices, on peut construire un système qui profite à la fois à l'environnement et à l'industrie. C'est un progrès immense, et une nouvelle source de créativité inouïe. Cette nouvelle collection en est un très bon exemple. Ce sont des pièces inspirées, qu'on a envie de porter de garder, et dont on reconnait la préciosité. Ça ouvre une nouvelle dimension à la façon de porter un bijou.
Quelles sont tes pièces préférées de la collection ?
La bague dôme ... avec ses marches comme des strates, et le médaillon en or avec un diamant au centre qui m'évoque une amulette, un porte-bonheur. J'aimerais pouvoir porter des bijoux à chaque fois de cette manière, en étant sûre de moi, avec le sentiment d'y puiser la force de mes convictions, porter des pièces alignées avec ce en quoi je crois, allège et leste à la fois !
Dorothée : C'était exactement notre intention, ce qu'on a cherché à faire avec Via. Avec la très talentueuse designeuse Adeline Darmagnac, nous avons voulu penser une forme qui exprime exactement cette ambition, et l'ambition elle-même : ces marchent qui mènent à nos idéaux. C'est une question que je pose parfois aux femmes qui essaient les bijoux, et que je te pose à toi : vers où mène l'escalier de tes rêves, Arizona ?
« L'escalier de mes rêves mène à un monde de profonde régénération, de changement systémique concret. Et je crois que celles-ci, les marches symboliques de Via, leur ressemblent un peu ! »
- Arizona Muse
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